Une ligne rurale … d’intérêt général

La genèse : 1878-1890

En 1878, le ministre des Travaux Publics Charles de Freycinet présente un plan de construction de 11.000 kilomètres de voies ferrées à écartement normal et d’intérêt général, destinées à desservir l’ensemble des chefs-lieux d’arrondissements du territoire national. Les lignes 150 à 152, totalisant 161km, préfigurent le réseau futur qui sera construit en Haute-Loire et Ardèche : de la Voulte-sur-Rhône à Yssingeaux par le Cheylard ; de Tournon à la ligne précédente ; d’Yssingeaux à la ligne du Puy-en-Velay à Saint-Etienne.

Devant l’estimation prohibitive du coût d’établissement de ces lignes, l’État prescrit en 1883 la mise à l’étude du tracé des voies non plus en écartement normal, mais en écartement étroit, avec des rayons de courbure plus serrés (de 250m de rayon à 100m de rayon) et des déclivités accentuées  (de 2,5% à 3%). L’allégement des contraintes propres au tracé est censé permettre des économies, le futur tracé s’adaptant mieux au terrain : on construit donc moins de tunnels, de viaducs, de remblais, de tranchées, mais les performances attendues, la vitesse des convois notamment, sont nécessairement dégradées.

L’exploitant jusqu’alors pressenti, la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, n’étant pas intéressé, un nouvel exploitant doit donc être recherché… : ce sera la Compagnie des Chemins de fer Départementaux (C.F.D), jeune compagnie fondée en 1881, qui exploite différents réseaux ferrés dispersés dans toute la France, dont le réseau Corse.

 

La vie du réseau : 1890-1968

Le futur Réseau du Vivarais sera construit en deux temps. En 1890 et 1891 sont ouvertes les trois premières lignes Tournon/Lamastre, Lavoûte-sur-Loire/Yssingeaux et la Voulte-sur-Rhône/le Cheylard. Elles forment trois lignes isolées, en cul de sac, et sont parcourues par des trains-navette à raison de trois aller-retour par jour. Ces lignes seront bientôt complétées et liées entre-elles par le “second réseau”, à savoir les lignes le Cheylard/Yssingeaux, par Saint-Agrève et Raucoules, Lamastre/le Cheylard, et Raucoules/Dunières, ouvertes en 1902 et 1903. C’est lors de cette extension que seront livrées la première génération des fameuses Mallet 030+030. Le réseau totalise alors environ 200 km de ligne !

Le “Réseau du Vivarais” rend de grands services aux populations locales durant de nombreuses décennies : transport de scolaires, aller-retour au marché, export des industries locales (bois…) ou import de marchandises (vins…), trains de vacances, déplacements divers… ainsi, en 1913, plus de 660.000 voyageurs sont transportés et le réseau est bénéficiaire. Mais, progressivement, le réseau, comme tous les réseaux ferrés français, est confronté à des difficultés : augmentation rapide du prix du charbon après la 1ère guerre mondiale, augmentation des coûts du travail, concurrence de nouveaux moyens de transport, et notamment le bus et le camion qui détournent les voyageurs et les marchandises du réseau ferré. Le déficit apparaît puis se creuse progressivement, et malgré différentes mesures (apparition des autorails diesel à la fin des années 1930, rapides et confortables, augmentation du prix des billets, rationalisation et diminution de la masse salariale) la ligne Raucoules/Lavoûte-sur-Loire, la plus déficitaire, est fermée dès 1952. Le reste du réseau fermera en 1968, victime d’un “plan de modernisation des transports” cher aux années 1960.